Abysses de Baggersee

Dégustation : Les abysses de Baggersee, Brasserie Bendorf

Dégustation : Les abysses de Baggersee, Brasserie Bendorf

An de grâce 2016, les strasbourgeois de Bendorf décident de se remonter les bretelles jusqu’à la glotte en jouant dans la cour des grands avec Les Abysses de Baggersee, leur vision de l’Imperial Stout. Ce premier essai était une réussite totale, aussi bien pour sa version de base que pour ses dérivées vieillies en barrique de whisky, et avec ajout de framboises. Autant vous dire qu’il n’y a pas eu besoin de les caresser dans le sens du poil pour qu’ils rempilent à nouveau en 2017 avec cette bière qui en a dans le buffet.

Abysses de Baggersee

 Boire les choses en grand

Histoire de vous aider à gagner un éventuel camembert lors de votre prochaine partie de Trivial Poursuite, sachez tout d’abord que le style Imperial Stout est né en Angleterre au 18ème siècle lorsque le tsar Pierre Le Grand tomba amoureux des bières de type Stout lors d’un voyage dans le pays.

Fait amusant, les Stouts sont nées de l’initiative d’un certain Arthur Guinness (le fameux) qui s’était mis en tête de booster en arômes de café et en couleur noire les bières de type Porter déjà fortement populaires à l’époque. On parlait alors de Porter Stout, voire d’Extra Stout dans le cas du sieur Guinness.

Bref, sous le charme, le tsar demanda alors aux brasseurs locaux de lui livrer des barriques en Russie afin qu’il puisse en profiter à loisir. Mais Mère Nature étant taquine, le long voyage couplé au grand froid de ces contrées ne réussissaient guère à ces bières. Solution trouvée pour contrer cette détérioration : augmenter drastiquement le degré d’alcool. Ce tour de passe-passe fût efficace, et la formule pleinement appréciée par la cour russe, Catherine II comprise. Et bim, ainsi naquit le style Russian Imperial Stout que l’on finit par raccourcir en Imperial Stout.

Abysses de Baggersee

Enfin, ça c’est pour la version simplifiée et romancée qu’il est plus aisée de raconter rapidement, car la réalité historique des faits semble bien plus complexe. Si vous voulez faire plaisir à Franck Ferrand, vous trouverez davantage d’explications sur les Imperial Stouts par ici.

Si les Imperial Stouts ont fini par se faire de plus en plus discrètes aux 19ème puis 20ème siècles, c’est pour mieux réapparaître ces 20 dernières années grâce à l’essor des microbrasseries. Ces dernières se donnent à coeur joie de revisiter le genre avec des arômes assez incroyables. Mais que l’on soit bien d’accord, ce n’est pas le genre de bière qui se sirote sur une terrasse lorsque le thermomètre affiche 35°C. C’est lourd, c’est fort, ce n’est pas désaltérant, et de ce fait on en boit pas des litres à la suite. Quoique…

Pour faire dans le concret, selon les hautes instances du Beer Judge Certification Program qui est utilisé dans la plupart des concours de dégustation internationaux, les Imperial Stouts se caractérisent par une couleur allant du rouge foncé au noir et en passant par le brun, de fortes notes de grains grillés, de café, de chocolat noir, d’esther de fruits, etc., et d’un degré d’alcool compris entre 8 et 12%. En voilà un chouette programme.

Fiche techniques des Abysses de Baggersee

Abysses de Baggersee

  • Bière de style Imperial Stout,
  • 10% alc.,
  • Malts :  Pale ale, Munich 20, Caramunich II, Chocolat, Blé, Carafa, Orge torréfié,
  • Houblon : Nugget,
  • Bière de fermentation haute.

Dégustation

Affichant un noir intense, les Abysses de Baggersee se coiffe d’une mousse beige qui tient inéluctablement dans le temps, tel un député multi-cumulard sauvagement agrippé à son siège parlementaire.

En plaçant ses narines au-dessus du godet, c’est d’abord le café grillé qui vient s’exprimer pour ensuite s’adoucir petit à petit sur de douces notes caramélisées et chocolatées. À vue de nez ça n’a pas l’air particulièrement barbare, mais méfiance car la bête affiche tout de même 10 chevaux au compteur… On est loin de boire la récente bière de printemps neudorfoise.

C’est alors que l’on verse la première lampée dans le gosier, craignant d’être accusé de maltraitance papillesque (acte ô combien puni par la Convention de Genève). Et là… Diantre, bigre, fichtre ! C’est liquoreux mais surtout incroyablement soyeux en bouche, à croire que l’on boit du velours. N’appelez plus ça “bière” mais “nectar” !

Pour ce qui est des saveurs, ce breuvage est totalement dans les clous puisque l’on tape aux porte du dieu mazoute avec des arômes sombres combinant allègrement café, caramel, chocolat (cela va de soit), mais aussi toffee (yes sir). Si le début de la dégustation semble guilleret et (presque) light, les choses finissent par se corser au fur et à mesure que le niveau de la bouteille s’amenuise. La langue et les muqueuses commencent à saturer par tant de charges et là, oui, on sent clairement qu’il y a du voltage en terme d’alcool. On pourrait même avoir l’impression de ressentir des notes boisées et de whisky venir en renfort mais que nenni, il s’agit bien ici de la version “standard” des Abysses de Baggersee (car oui, il y a à nouveau des variantes de ce brassin en train de vieillir en barriques).

Abysses de Baggersee

Malgré cette débauche de violence organoléptique fort réussie, sa texture synonyme de tendresse ne fait qu’aider à y retremper les lèvres avec délectation. À n’en point douter, Les Abysses de Baggersee de la Brasserie Bendorf fait office d’Imperial Stout que n’auraient pas renié les ancêtres de Vladimir, et de gros bonheur à l’état liquide.

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